L'histoire officielle, annexe de la pensée unique, a
grossi les aspects négatifs de l'ère coloniale au point de ne
retenir qu'eux pour la dépeindre.
Technologique, juridique, géographique, politique, religieuse
même, toute nouveauté est une aubaine pour les affairistes.
Parasites et charognards, les voici qui guettent. Partout et
toujours, ils accourent pour détourner à leur profit ce qu'ils
dénomment opportunités. Alors certes, en Algérie comme en
notre autres colonies, les populations indigènes furent exploitées
par les grands argentiers, tout comme le furent les masses
laborieuses européennes.
Ivrée inextricable, la cupidité des «gros», comme les appelaient
les poilus de la Grande Guerre, n'aura cependant pas empêché un bon
grain de pousser, Réalité étouffée, évacuée des médias, le bon
grain de la colonisation est une réalité avérée.
Quel fut-il, ce bon grain ?
Avec l'arrivée des Européens, certes au gré d’une conquête
– lot de tous les mouvements migratoires au cours des
temps - tant de bonnes choses furent bénéfiques aux peuplades
indigènes, à commencer par des énormes progrès en matière de santé
et d'hygiène.
Si explosion démographique il y a eu, en Afrique et ailleurs, on
le doit avant tout à la baisse drastique de la mortalité infantile.
Cela fut-il un mal ? Que des nourrissons, que des
enfants, que des adolescents parviennent jusqu'à l'âge adulte, cela
fut-il un mal ?
Grâce aux soins et aux progrès sanitaires introduits par les
Européens, la Terre est plus riche de milliards de personnes
humaines : cela est-il un mal
? Aux yeux de Dieu
sûrement pas, Lui qui a commandé à ses créatures de croître et de
multiplier; ni non plus pour ceux qui, aujourd'hui, n'existeraient
pas si cette formidable éclosion humaine due à la colonisation ne
s'était pas produite.
Mais c'est aussi une révolution agricole que l'on doit à nos
techniques de culture et d'irrigation ; d'où l'extinction
progressive des grandes disettes qui étaient capables jusqu'alors
faire disparaître des tribus entières.
Le tourbillon destructeur de la décolonisation a hélas, en
quelques années, réduit à néant l’œuvre accomplie.
Selon divers rapports récents, 80% de la
sous-alimentation dans le tiers-monde résulte de pratiques
agricoles inadaptées dues à l'ignorance des populations
concernées : sans formation aux techniques modernes, elles
perpétuent des modes ancestraux de culture impropres à satisfaire
leurs besoins.
Dans nombre de nos ex-colonies, là où la population a doublé ou
triplé
en un demi-siècle, la production agricole a soit stagné soit baissé
depuis la décolonisation. Madagascar, pourtant fleuron de notre
ex-empire avec l'Algérie, en est l'exemple le plus pitoyable : la
production s'y est peu à peu réduite au niveau de 1945 avec une
population qui a triplé de volume !
Au plan médical, le niveau atteint en 1962 était comparable en
Algérie à celui de la métropole, du moins en contexte urbain et
péri-urbain. Mais depuis l’indépendance, les
infrastructures hospitalières et le manque de formation des
personnels ont vite plongé notre ex-province dans une situation
critique qui s'aggrave avec la croissance démographique.
On se souvient du séjour du président algérien Bouteflika, venu se
faire soigner à Paris lors qu'Alger offrait jadis l'un des
meilleurs hôpitaux français.
Au Madagascar, un sévère accident de la route survient à
quelques kilomètres de la capitale, et c'est la mort presque
certaine, me rapportait un ami qui en revenait en tant que médecin
d'Europe Assistance.
On a accusé les puissances colonisatrices d'avoir désorganisé
les économies locales, de les avoir spécialisées au point
d'entraver tout développement équilibré, d'avoir exploité
intensivement les ressources naturelles au détriment des
écosystèmes ; tout cela sans former les cadres techniques dont
les nouvelles nations allaient avoir besoin. Mais on omet de dire
que la formation des cadres était en cours. La scolarisation n'a
cessé de se développer durant l’ère coloniale, en particulier
celle des filles, malgré les réticences voire l'hostilité
culturelles ou religieuses.
Aujourd'hui, malgré l'accueil dont bénéficient les étudiants de
nos ex-colonies en nos universités, demeure le problème en amont de
l'éducation des enfants. Avec la montée de l'islam fondamentaliste,
la scolarisation des jeunes filles, notamment en Algérie, se réduit
quand elle avait crû jusqu'à notre départ.
Et puis, devons-nous
oublier qu'au moment de la soi-disant guerre d'indépendance
algérienne de 54-62, les rebelles se sont acharnés à détruire les
écoles parmi leurs cibles privilégiées.
A l'argument sempiternellement rabâché d'une colonisation
synonyme d'exploitation non équilibrée, insouciante du
développement des territoires et de leurs peuples, je répondrais
qu'il procède d'un amalgame infondé. La situation dénoncée résulte
non pas de l'idée coloniale mais des théories fumeuses du
libéralisme économique, lequel préconise la division internationale
du travail dans un contexte global de mondialisation des échanges ;
cette mondialisation qui commence à se faire de plus en plus
d'ennemis y-compris chez ceux qui jadis rêvaient d'une
internationale prolétarienne.
Qui pouvait attendre des méthodes capitalistes, insoucieuses de
l'humain comme de la nature, qu'elles réservassent un sort
privilégié aux terres colonisées ? Il est sûr qu'au contraire,
profitant d'un contrôle de l'Etat difficile à exécuter dans des
terres isolées et sous-administrées, nos argentiers ont agi sans
vergogne selon leur logique cupide.
Et puis, l'entreprise menée en nos colonies un siècle durant, le
fut avec l'idée que ces terres resteraient sous notre contrôle, si
ce n'était pour toujours, du moins jusqu'à ce que, par le biais du
développement en toutes ses composantes, de façon naturelle, sans
violence, sans heurt, elles finiraient par former des entités
capables de s'auto-administrer. Par conséquent, le désordre
capitaliste serait compensé par l'ordre juridique et administratif
pour jouer, avec le concours du temps, en faveur d’un
développement local harmonieux.
Brusquerie de la décolonisation
J'ai en mémoire, sans pouvoir retrouver en l'instant ma source, la
lettre pathétique qu'adressa Albert Schweizer au général De Gaulle,
en fin 1959 ou début 1960, après que, hormis la Guinée, tous les
territoires de la Communauté avaient voté oui massivement au
référendum d'octobre 1958 - ce qui signifiait avant toutes choses,
une volonté de rester unis à la France selon les dispositions de la
nouvelle loi constitutionnelle - le nouveau chef de l'Etat donnait,
pratiquement de force, leur indépendance à toutes nos possessions
africaines hormis l'Algérie.
En vieux connaisseur de la réalité africaine, Schweitzer
suppliait De Gaulle de reporter sa décision. Schweitzer avait
tout bonnement anticipé ce qui allait se passer de catastrophique
pour les peuples africains qu'il aimait tant : des populations
vulnérables, sous couvert du droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes, allaient être livrées à l'oppression de tyrans locaux
ignares et cupides, soutenus par des affairistes occidentaux qui
exploiteraient sans plus de bride aucune, des territoires qui,
jusqu'alors, bénéficiaient de leur appartenance à une Communauté,
avec ses lois et ses structures. Sous peu, il ne resterait rien
d'un siècle d'efforts civilisateurs.
Si l'après-colonisation a laissé les peuples concernés dans la
détresse, on le doit au mouvement à la fois idéologique et mafieux
qu'a été et demeure la décolonisation. Là est la vérité : le diable
est dans la décolonisation, pas dans l'élan colonisateur qui marqua
un progrès et signa une immense promesse de développement et
d'émancipation. Là où notre présence avait apporté pacification et
Etat de droit, il n'est plus que guerres incessantes et corruption
généralisée.
Les appellations des nouveaux états ne doivent pas nous
tromper.
Pas plus que n'est social un parti qui prône le socialisme, ne sont
républicains ou démocrates les états qui se proclament tels. Les
appellations ne sont que poudre aux yeux ou poudre à canon hélas.
Et cependant, très paradoxalement, on a décrété l'ère coloniale
coupable de cet état de fait abominable qui perdure depuis un
demi-siècle.
Une mauvaise décolonisation due à une mauvaise
colonisation ?
Le découpage administratif des territoires, principalement en
Afrique noire, fut certes établi sans grand souci des réalités du
terrain. Les frontières dessinées par les puissances coloniales ont
divisé sans tenir compte des diversités tribales, ethniques
et culturelles. Procédant de la sorte, les puissances européennes
auraient comme inscrit dans le marbre, des déséquilibres
économiques et politiques générateurs des conflits inextinguibles
qu'on déplore depuis cinquante ans et davantage. Et d'ajouter, pour
répondre à l'objection qu'avant l'arrivée des "blancs", les guerres
intertribales existaient déjà, que flèche et lance de l'antique
guerrier africain ont été remplacées par un armement moderne qui
décuple les ravages ; un armement sans cesse renouvelé par
l'industrie et l'affairisme occidentaux.
Comment nier qu'il y ait du vrai dans cette accusation
?
Certes les frontières, destinées à mettre de l'ordre entre les
empires coloniaux des diverses puissances européennes - France,
Angleterre, Portugal, Belgique, Allemagne - et à gérer plus
efficacement chacun des grands ensembles, certes ce découpage ne
fut pas des mieux réussis. Il reportait en leurs empires, le virus
centraliste administratif qui sévissait en dedans les métropoles
coloniales. Il étendait aux terres colonisées, les querelles
incessantes qui avaient opposé les peuples européens des siècles
durant, cela en contradiction avec leur vision commune du monde,
chrétienne et donc théoriquement porteuse de paix.
Quand l'épouvantable conflit mondial de 1914 éclata, il
n'épargna pas les possessions coloniales : on vit des hommes noirs
se mêler aux blancs dans les tranchées du chaos. Les fiers
guerriers de la brousse, presque nus la veille encore, portaient
les mêmes étoffes, lourdes et rapiécées que les soldats européens
dont ils partageaient le sort infernal, dans la boue et le sang,
criblés par les tonnes et les tonnes des bombes des marchands de
canon, grands argentiers qui savent tirer profit de tout sans
vergogne.
Il est courant d'attribuer à la Grande Guerre, la cause première
du mouvement anticolonialiste. Les indigènes de nos empires
auraient pressenti quelque chose de détestable qui couvait sous
l'apparence triomphale, prestigieuse et civilisatrice des nations
coloniales qui les dominaient. Ce quelque chose de détestable est
indéniable. Mais c'est d'abord et surtout aux peuples d'Europe
qu'il a porté préjudice. Il a pour noms culte de l'argent,
libéralisme, rejet de la Foi, matérialisme, internationalisme,
nihilisme révolutionnaire. Il a pour fondement idéologique la
philosophie dite des Lumières et pour fondement politique la
Révolution française et son appendice napoléonien.
Le crime de l'Europe colonisatrice eût consisté à exporter ses
faiblesses et errances vers des continents préservés jusqu'alors
par leur caractère "primitif" et leur ignorance de la notion de
progrès. Pour nous garder d'une propagation de notre mal,
aurions-nous dû créer des zones naturelles protégées à l'échelle de
la Terre : « Ici s'arrête le progrès, interdiction absolue
d'y introduire toute idée ou technique moderne. Laissons les
primitifs vivre perpétuellement en primitifs. »
Outre le racisme sous-jacent d'une telle vision, pour que celle-ci
tienne tant soit peu, il faudrait démontrer que les Européens
avaient conscience du caractère négatif qui se nichait sous leur
discours humaniste, sous leur élan généreux, sous leur passion de
découvrir, d'explorer. Or à ce niveau, il importe de se souvenir
que l'ère coloniale s'étend sur plusieurs siècles et émane de
gouvernements aux références doctrinales dissemblables. Le
colonialisme des Espagnols et des Portugais du XVIe siècle se
distingue autant de celui des Français et des Anglais du XIXe
siècle que les régimes et doctrines politiques en vigueur dans ces
pays à trois siècles de distance.
Par ailleurs, nonobstant le triomphe politique et intellectuel
des idées révolutionnaires, matérialistes et antichrétiennes, au
point d'orgue de l'expansion coloniale, les racines chrétiennes de
la civilisation européenne demeuraient vivaces dans beaucoup de
cœurs. En dépit d'une ivraie de plus en plus envahissante, le
bon grain ne laissait de survivre.
Quand vers 1880, Jules Ferry se revendiquait pleinement de la
doctrine républicaine, laïque, jacobine et potentiellement
totalitaire, sa politique d'expansion coloniale allait exporter,
avec le mal moderniste, tout le bien, pétri de christianisme, qui
faisait que l'Europe existait encore et que, dans la réalité
quotidienne, tout n'y était pas mauvais.
Ce que Ferry et ses équivalents d'Outre-Manche voulaient
propager à travers le monde n'était certes pas la Bonne Nouvelle du
Christ. Dès avant lui, hélas, le Second Empire, eut à cœur de
freiner, voire de s'opposer à la christianisation des musulmans en
Algérie - erreur gigantesque dont Charles de Foucauld prédira la
tragique conséquence.
Cependant, force est de reconnaître que les missions
d'évangélisation ont grandement profité de la pacification
concomitante à l'expansion coloniale.
Ces missions ont pris une part notable, la plus belle, la plus
bénéfique, dans le mouvement civilisateur des terres passées sous
le contrôle des puissances européennes. Ce fut, à bien y réfléchir,
une aubaine pour les Etats colonisateurs, une sorte de prix
politico-religieux à payer. Financées par des donateurs privés, les
missions effectuaient un travail sanitaire et éducatif que les
finances publiques n'avaient pas à supporter.
De plus, en complément des effectifs militaires et administratifs
et des missions, vinrent des populations issues des métropoles
coloniales. Que Jules Ferry et ses émules furent des adeptes du
culte progressiste révolutionnaire n'empêcha pas que la grande
majorité des Européens qui vinrent peupler nos colonies étaient
chrétiens ; des Chrétiens en voie de déchristianisation certes,
puisque c'est hélas ainsi qu'avançait le monde, mais des hommes et
des femmes encore influencés sinon guidés par les valeurs, les
traditions chrétiennes. Mais parmi eux, autour d'eux, rôdaient les
prédateurs capitalistes, ceux qui allaient tirer du profit sans
aucun scrupule et qui, le temps venu, partiraient les premiers,
revenant en métropole en affairistes rompus à tous les compromis.
Pour autant, l'ivraie n'étouffa pas le bon grain et somme faite de
toutes choses, de grands progrès furent accomplis ou mis en
chantier.
Si aujourd'hui en nos contrées postchrétiennes où le recul
affligeant des vocations est compensé par l'aide évangélisatrice de
prêtres africains ou asiatiques, n'est-ce pas à l'expansion
coloniale que nous le devons ?
Partout où nous sommes passés, les missions ont semé et du bon
grain a poussé. Dès lors que nous sommes partis, soit directement
par la décolonisation, soit par l'abandon des terres ex-colonisées
à des régimes communistes (péninsule indochinoise par exemple), les
missions ont été entravées puis persécutées et chassées.
Cependant, pour ne prendre que cet exemple, les prêtres
vietnamiens d'aujourd'hui sont le fruit le plus visible de la
présence française en Indochine.
A leur tour, ces hommes de Dieu agissent et, il faut
l’espérer, pourront continuer en leur propre pays,
l'œuvre jadis entreprise par leurs prédécesseurs
français.
De par le monde, des centaines de millions de gens de couleur sont
chrétiens, de vrais Chrétiens qui ne plient pas face à la
persécution. Sans le fait capital de l'expansion coloniale, on peut
douter qu'ils eussent vu le jour.
Fi du passé ?
L'expansion coloniale a laissé place à l'émancipation (supposée)
des ex-peuples colonisés. Un monde nouveau s'est mis en place.
Prenons-le tel qu'il est et traitons les problèmes qui se posent à
lui en laissant le passé derrière nous.
Hélas les choses ne se présentent pas aussi simplement. D'abord
parce que le passé n'est pas seulement l'affaire des nostalgiques
des empires coloniaux.
En bien plus grand nombre, il intéresse les adeptes d'une pensée
contemporaine majeure, issue précisément de la décolonisation.
Petite-fille des Lumières, fille des théories révolutionnaires,
libérales, marxistes, mondialistes, cette doctrine récrimine contre
l'Occident, responsable selon elle de tous les maux qui affligent
le monde. Passant outre la contradiction de puiser son corpus dans
les pensées occidentales, elle nous présente le fait colonial comme
une sorte de gigantesque Shoah qu'il faudrait presque substituer à
celle des Juifs. Mais contrairement à la Shoah, le fait colonial
est plus qu'un repoussoir d'essence historique. Il est un mal
encore à l'œuvre sous la forme de ce qu'il est convenu
d'appeler le post-colonialisme.
A l'échelle de la France, on parle de Françafrique ; arrêtons-y
nous le temps de quelques lignes, ce qui permettra de donner un
éclairage sur une cause de la décolonisation française jamais
évoquée par ses plus distingués analystes.
La Françafrique, fille maudite de la
décolonisation
Quelle définition nous en donne l'incontournable référence du Web
qu'est Wikipédia ? L'expression Françafrique désigne les
réseaux d'influence français en Afrique, qui sont une composante
des relations diplomatiques entre la France et ses anciennes
colonies africaines mais plus largement l'Afrique francophone (dont
la république démocratique du Congo, ex colonie belge et la Guinée
équatoriale, ex colonie espagnole). Le terme Françafrique implique
des détournements de fonds, le soutien de dictateurs, des coups
d'États et assassinats politiques qui ne sont pas dévoilés au
public français (la France a soutenu ceux qui ont commis le
génocide au Rwanda ), la défense des intérêts des multinationales
françaises pour l'accès et l'exploitation des ressources
(...)
Cette Françafrique est une constante de la
politique des différents gouvernements français, depuis la
décolonisation jusqu'à nos jours, sous Nicolas Sarkozy.
Sans entrer davantage dans l'actualité de la Françafrique, je
donnerai ici l'extrait d'un article paru dans le Monde du 9
novembre 2010, qui évoque l'action judiciaire menée par
l'ONG Transparency International à l'encontre de
trois présidents de nations appartenant à la Françafrique.
Transparency International considère que des logements de luxe
et des avoirs bancaires détenus en France par trois présidents
africains ont été acquis avec de l'argent public détourné. Ce
dossier vise les familles d'Ali Bongo (Gabon), de Denis Sassou
Nguesso (Congo-Brazzaville) et de Teodoro Obiang (Guinée
équatoriale). Une enquête de la police financière de 2007 avait
recensé 39 propriétés dans les beaux quartiers de Paris et sur la
Côte d'Azur, 70 comptes bancaires et au moins neuf véhicules de
luxe détenus par la famille Bongo et ses proches, 24 propriétés,
112 comptes bancaires et un véhicule pour la famille Sassou
Nguesso, et des limousines de luxe achetées par la famille Obiang,
soit un total qui avoisinerait 160 millions d'euros selon
l'ONG.
Voici un tout petit exemple de l'état général de corruption qui
caractérise la Françafrique. On admet ordinairement que la
Françafrique comprend les pays africains suivants :
Le Togo, le Congo Brazzaville, la
République démocratique du Congo, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le
Cameroun, le Tchad, les Comores, le Gabon, le Burkina Faso, le
Bénin, la Guinée, le Niger, le Mali, la Centrafrique, la
Mauritanie, la Guinée Équatoriale, Madagascar et Djibouti. Ils
ont en commun, hormis le Madagascar, d'appartenir à la Zone Franc,
dont la devise est le franc CFA : Aujourd'hui, l'appellation franc
CFA signifie Franc de la Communauté Financière d'Afrique et Franc
de la Coopération Financière en Afrique Centrale selon leur
appartenance des nations concernés aux organisations monétaires qui
les lient à la France. Outre la monnaie, d'autres dispositifs
officiels rattachent certains pays africains à la France, comme
l'Accord de Défense signé en 1961.
Nous noterons que les trois ex-colonies d'Afrique du Nord,
Maroc, Algérie et Tunisie ne sont pas concernées par la
Françafrique. Cela ne signifie nullement que la France n'entretient
pas avec ces pays des relations malsaines par le biais d'accords de
coopération et d'un tissu de partenariats commerciaux, financiers
et industriels sous lesquels s'abritent nombres de trafics
comparables à ceux de la Françafrique.
Jacques Foccart, le funeste « Monsieur Afrique
»
La Françafrique est historiquement associée à cette personnalité
cruciale de la décolonisation puis de l'ère postcoloniale. Foccart
a joué un rôle aussi important qu'occulte au plus haut niveau de
l'Etat. Après De Gaulle, qu'il servit depuis les années cinquante à
la fin, ce furent Pompidou et Chirac dont il fut l'homme clé de
tout ce qui concernait nos ex-colonies d'Afrique. En dire quelques
mots n'est pas superflu tant la seule présence de cet homme au
cœur du système politique gaulliste est éloquente pour en
dessiner la profonde corruption.
Foccart, issu de la bourgeoisie marchande des Antilles, commença
sa carrière comme trafiquant sous l'occupation allemande. A peine
démobilisé en été 1940, il se lança dans les affaires, en parfaite
intelligence avec les occupants, travaillant à son grand
profit pour l'organisation allemande Todt, du nom de son dirigeant,
chargée d'exploiter les ressources industrielles de chaque pays
occupé. Période trouble, où il était facile de franchir la ligne de
la légalité pour s'enrichir. Quand le vent commença à tourner en
défaveur des Allemands, Foccart misa sur la carte de la résistance
et se porta volontaire à Londres.
Il fut affecté auprès de Soustelle
]quand celui-ci devint en 1943, le patron du BCRA, les services
secrets gaullistes. Durant cette période supposée héroïque, Foccart
fut impliqué (mais jamais inculpé) dans deux assassinats crapuleux
qu'il aurait commandité auprès d'hommes de la pègre qui gravitaient
dans son orbite.
Par la suite, tout en demeurant dans le cercle rapproché du
général, il reprit ses activités d'homme d'affaires, spécialisé
dans le commerce en Afrique noire. Cela lui valut de devenir plus
tard celui qu'on a appelé le Monsieur Afrique de l'Elysée. En
effet, dès son retour au pouvoir, De Gaulle le prit comme son
conseiller spécial aux affaires africaines, faisant de lui l'homme
clé de toutes les opérations troubles.
Extrait d'un site web consacré à la Centrafrique :
(...) De Gaulle et son éminence
grise Jacques Foccart mettent en place les nouveaux outils du
contrôle politique, économique, monétaire et militaire sur les ex
colonies françaises. Ce système s'appuie en particulier sur les « 3
E », l'Élysée (et sa cellule africaine), l'État-major et Elf
(entreprise créée par les services secrets français pour assurer, à
n'importe quel prix, l'indépendance énergétique de la France).
J'ai mentionné ce triste sire de Foccart à titre d'icône
du processus de décolonisation dont la responsabilité éminente
revient à De Gaulle sans qui rien de tout cela ne serait arrivé, du
moins dans les conditions que nous savons.
Le recours à un tel homme par De Gaulle, si adulé pour sa
supposée intégrité, en dit long. Il faut d'ailleurs ajouter que
Foccart eut la main, de façon occulte, sur les services secrets
ainsi que sur une organisation para-policière, le SAC, composée en
bonne partie de truands dont nombre avaient travaillé pour la
Gestapo française.
Au-delà des hommes et des anecdotes, ce qu'il faut retenir de la
Françafrique, réalité consubstantielle à la Ve République, est une
mécanique qu'on pourrait sans exagération qualifier de diabolique,
la mécanique par laquelle De Gaulle et ses plus vils soutiens ont
substitué à notre empire colonial, une organisation mafieuse au
double détriment des peuples de nos ex-colonies et de la
France.
A qui profite le crime ? A qui a profité la
décolonisation ?
Il est courant d'accuser la colonisation d'avoir été une
œuvre d'asservissement et de pillage au bénéfice de grands
intérêts financiers. Ceux qui prennent cette accusation comme une
vérité incontestable devraient se demander : pourquoi ces mêmes
intérêts financiers ne se sont-ils pas opposés à ce qui était
supposé leur rapporter tant ?
Pourquoi, par exemple en Algérie, là où la résistance à la
politique de De Gaulle a été la plus forte, la plupart des gros
argentiers ont très vite quitté le navire tout en accélérant le
processus par une aide occulte au FLN ?
La réponse se trouve dans ce qui s'est mis en place dès après le
brusque processus de décolonisation.
Le cas Elf
Dans les Trois E mentionnés plus haut, il y a Elf. L'affaire Elf,
éclatée en 1995, a permis de révéler le rôle central de cette
entreprise pétrochimique, longtemps la plus importante de notre
économie nationale.
Elf a servi essentiellement de base financière au système
mafieux de la Françafrique. Le principe en est simple : Elf
rémunère les pays africains dans lesquels elle est implantée à
raison de la quantité de pétrole qu'elle exploite. Cette
rémunération constitue une manne gigantesque qui n'est plus
contrôlée par l'administration française et pour cause...Il suffit
alors de détourner une partie de ce trésor au profit des chefs
d'Etat africains qui, en contrepartie, rétribuent des
intermédiaires français qui vont eux-mêmes se rémunérer tout en
finançant les puissances sans lesquelles ils n'existeraient pas :
chefs et partis politiques ; ceux au pouvoir aujourd'hui, hier et
peut-être demain. Un Sirven fut un personnage insigne de ce réseau
d'intermédiaires. Mais il y en eu bien d'autres, tels Pasqua,
Bariani ou feu Baroin (tué lors d'un
accident d'avion suspect), grand chef maçonnique et père de
l'actuel ministre François Baroin aux allures d'éternel
adolescent.
Les rétro-commissions
L'on retrouve ce procédé dans ce qu'il est convenu d'appeler les
rétro-commissions, évoquées notamment dans l'affaire de l'attentat
de Karachi.
Le prix de vente de matériels de guerre (qui servent en fait
essentiellement au trafic financier qu'ils génèrent), avions,
missiles, bateaux, est surfacturé de façon à rémunérer toute une
chaîne de complices : personnalités politiques et administratives
du pays achetant, intermédiaires occultes, partis politiques
français, personnalités politiques françaises. Mais de façon plus
globale, en amont de tous ces détournements d'argent qui évidemment
spolient les misérables habitants de nos ex-colonies ainsi que le
peuple français, l'énorme aubaine en quoi a consisté la
décolonisation pour nos gros argentiers (et les politiciens sans
scrupules à qui De Gaulle a ouvert la voie) est la suppression de
l'Etat de droit dans ce qui fut notre Empire.
La suppression de l'Etat de droit
Tout au long de notre présence en Afrique et ailleurs, comme
d'ailleurs partout où des puissances coloniales ont eu la maîtrise
de territoires extra européens, la loi en vigueur en métropole y
fut appliquée. La loi française, avec toutes ses garanties pour le
citoyen, avec toutes ses avancées sociales, avec tous ses
contrepoids à un Etat tenté d'abuser de ses prérogatives, ainsi
qu'à la cupidité et de la volonté d'asservissement du grand
argent.
Certes il fallut du temps pour que notre loi s'applique jusque dans
les parties les plus reculées de nos territoires et bien des
obstacles et des contournements en limitèrent la portée. En 1960,
au moment de notre retrait d'Afrique noire, il restait beaucoup à
faire. Mais le processus était en marche et, dans les colonies
devenues parties intégrantes du territoire français, comme
l'Algérie (composée de départements de même statut que ceux de la
métropole) c'est strictement le même régime juridique qu'en
métropole qui s'y appliquait.
A partir de juin 1958, tous les habitants de nos colonies purent
bénéficier de la totalité des droits civiques, pas moins que les
Bretons ou les Alsaciens. Un noir ou un Arabe pouvait devenir
président de la Communauté française, ce que redoutait en catimini
un De Gaulle et tant de Français « bien-pensants ».
Avec un pareil quadrillage juridico-politique, les trafiquants pour
qui les colonies étaient un fromage facile à exploiter allaient
devoir se résigner à y agir avec autant de difficulté qu'en
métropole. C'est alors que la décolonisation leur est
apparue comme une aubaine bien plus grande que jamais la
colonisation ne le fut.
Sous la férule de la loi française, les peuples colonisés
disposaient de droits qui allaient leur permettre de profiter des
mêmes acquis sociaux et technologiques que les Français de
métropole. Ils allaient pouvoir élire des députés pour participer à
l'élaboration de lois applicables sur l'ensemble des territoires de
la Communauté. Tout autant allaient-ils peu à peu
s'auto-administrer pour tenir compte des réalités locales et ainsi
développer leurs infrastructures et organiser leurs économies. En
une telle perspective, quel Foccart allait-il pouvoir, par le biais
de mercenaires et de pots de vins, déstabiliser les autorités
locales en imposant la dictature de tel ancien sergent-chef
africain qui pillerait les ressources de son peuple en quelques
années ?
C'était le grand mérite de la Constitution de 1958 que
d'instaurer une Communauté dans laquelle tous les peuples colonisés
partageraient le destin de la France, avec les mêmes droits et les
mêmes devoirs que les métropolitains.
Sous couvert de l'idéologie anti-impérialiste, avec son
sacro-saint droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, les grands
prédateurs déjà évoqués ont entravé ce processus en jouant la carte
de la décolonisation brutale. Par des émissaires comme Pompidou ou
Foccart, De Gaulle avait préparé cette issue dès avant son retour
au pouvoir en 1958. Ainsi a-t-il fait fi de la Constitution
approuvée massivement par référendum en octobre 1958 - il
qualifiait le Droit de « juridisme » pour exprimer le
mépris qu’il lui portait.
Tout ce qui concernait la Communauté n'a jamais été appliqué. Ce
ne fut qu'un faire-valoir destiné à tromper ceux qui avaient fait
appel à De Gaulle pour précisément assurer la pérennité de
l'ensemble colonial français grâce à sa réformation.
Mais effondrée l’éphémère Communauté, disparue la loi
française de nos ex-territoires coloniaux, les prédateurs allaient
avoir les coudées franches, tant au plan politique (mise en place
de petits tyrans locaux, manipulations de toutes sortes) qu'au plan
économique (recyclage des aides issues de la coopération et rétro
commissions comme expliquées plus haut).
La colonisation avait permis de hausser le niveau de vie de ces
territoires, d'en augmenter considérablement le nombre d'habitants
et de créer de nouvelles élites mues par des ressorts culturels de
type occidental.
Hélas ce gain allait servir non plus les populations mais
leurs oppresseurs et leurs complices occidentaux. Ainsi allait-on
fournir en avions et en munitions des guerres tribales ravivées, là
ou jadis l'on se contentait de jouir du trafic d’esclaves
issu de ces mêmes conflits intra-africains. La nouvelle forme
d'asservissement allait désormais consister en une collusion entre
des castes politiques locales sans aucune légitimité et les réseaux
mafieux agissant pour le compte de l'oligarchie politico-financière
française.
Ainsi, la décolonisation a-t-elle profité à de véritables
organisations de malfaiteurs, au détriment des populations. Là où
tout n’avait cessé de progresser - agriculture,
industrie, éducation, infrastructures, santé et moyens sanitaires,
droits civiques - là où enfin la paix avait triomphé, sévit depuis
cinquante ans un état permanent de guerre, de coups d'état, de
dictatures, de répressions sanglantes, de persécutions de toutes
sortes, de disettes, de maladies endémiques etc.
Alors qu’ont gagné les populations, les
petits, les misérables ?
Est-ce à eux qu'a profité la décolonisation pour qu'ils
n’aient d’autre issue pour survivre que d’affluer
à nos portes au prix des plus grands périls, prêts à se contenter
d'une vie de clandestin au service de néo-esclavagistes ?
Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la belle
formule...
Droit usurpé de tyrans à disposer des ressources de leurs peuples,
à disposer de la vie de leurs peuples, faudrait-il dire plutôt.
septembre 2011
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